Entretien avec Nicolas Noguier, Président du Refuge, en charge de l’accompagnement de jeunes LGBT+ âgés de 14 à 25 ans, en rupture familiale et souvent victimes de violences. Un programme spécifique s’adresse aux LGBT demandeurs d’asile et réfugiés, public particulièrement vulnérable et nécessitant un accompagnement particulier.

Pouvez-vous nous présenter l’association Le Refuge ?

L’association Le Refuge a été créée en 2003, puis reconnue d’utilité publique en 2011, avant de devenir, le 14 mars 2020, une Fondation. Elle gère différents dispositifs destinés à accueillir des jeunes (14-25 ans) en rupture familiale, qui ont des difficultés d’acceptation d’eux-mêmes et sont victimes de violences LGBTphobes.

Parmi les grands axes de leur action, on recense notamment une ligne d’écoute qui fonctionne 24h/24 et la gestion de structures d’hébergement ou de locaux d’accueil de jour permettant l’hébergement, l’accompagnement et le regroupement de jeunes.

Plus précisément, des dispositifs spécifiques existent selon les publics : pour les mineurs de 14 à 18 ans, pour les demandeurs d’asile ou réfugiés, etc.

“L’objectif est de construire des espaces de liberté dans lesquels les jeunes puissent se sentir à l’aise, se construire et s’épanouir.  A ce jour, Le Refuge rassemble plus de 300 bénévoles et accompagne et prend en charge tous les jours plus de 314 jeunes en France.”

Pourquoi les demandeurs d’asile LGBT représentent un public particulièrement vulnérable et comment accompagnez-vous ces personnes ?

Dans leur pays d’origine, les jeunes LGBT ont souvent du mal à assumer leur orientation et cumulent les violences et persécutions, qui peuvent être à l’origine de leur départ.
À leur arrivée en France, beaucoup d’entre eux se tournent vers leur communauté mais peuvent être à nouveau confrontés à cette même violence auprès de leur propre communauté en France. Ils cumulent des facteurs de vulnérabilités que sont leur jeune âge, leur orientation sexuelle et leur origine.

Ces cinq dernières années, la Fondation Le Refuge a assisté à une forte hausse de demandeurs d’asile dans leur dispositifs d’accompagnement. Ils représentaient une dizaine de bénéficiaires et ce nombre s’élève désormais à 300 par an, soit plus de 40%.

Leur présence représente une richesse car elle renforce la diversité au sein de la communauté de jeunes du Refuge. Les échanges sont doubles et permettent notamment :

  • Aux jeunes français de s’ouvrir l’esprit, de relativiser leur parcours et leur difficultés et de s’enrichir des échanges ;
  • Aux jeunes demandeurs d’asile de développer un véritable lien social, d’accepter et de mettre des mots sur leur situation.

 

Quel accompagnement proposez-vous en amont et durant le traitement de la demande d’asile ?

Le Refuge propose un accompagnement administratif à chacun de ses bénéficiaires demandeurs d’asile.  Dans chaque délégation, un travailleur social diplômé, salarié ou bénévole, est formé se consacre entièrement à l’accompagnement des demandeurs d’asile : la personne accompagne les jeunes, dans les différentes procédures administratives  (relations avec les préfectures, les guichets uniques, l’Ofpra, la CNDA), le suivi du dossier, la préparation du récit de vie.
Cet accompagnement joue un grand rôle dans la préparation des demandeurs d’asile à leur entretien pour l’Ofpra.

Le Refuge a signé un agrément national avec l’Ofpra, permettant à un référent d’accompagner le jeune pendant son entretien, d’avoir un temps de parole à la fin de l’échange pour corriger ou compléter le discours et de faire une demande de réexamen plus facilement.

Le fait de pouvoir accompagner dès le début une personne tout le long de sa procédure augmente largement ses chances d’obtenir une réponse favorable de l’Ofpra (presque 80% de réussite).

Une fois le statut obtenu, comment l’accompagnement se poursuit-il ?

Lorsque le demandeur d’asile est notifié de l’obtention de son statut de réfugié, il y a un très grand moment de joie !
Quelques jours plus tard, la personne retombe rapidement dans la réalité du citoyen qui se doit d’être proactif, de trouver un emploi dans un marché en tension notamment.

Le Refuge accompagne ensuite les personnes sur plusieurs domaines :

  • l’insertion professionnelle : les réfugié sont suivis par des conseillers dans leurs recherches d’emploi ;
  • le logement : accompagnement pour trouver une colocation ou un hébergement ;
  • le lien social : rencontres avec des bénévoles qui les pousse à s’intégrer (rencontre d’autres personnes, développement de réseau) ;
  • l’impact psychologique : un psychologue vacataire circule dans l’ensemble des dispositifs et propose des consultations.

 

Comment articulez-vous votre travail avec celui d’autres organismes ?

Le Refuge est membre de la Fédération des acteurs de la solidarité, qui regroupe de nombreuses structures, ce qui lui permet de disposer d’un vaste réseau et de développer de nombreux partenaires.

En ce qui concerne les jeunes de 18 à 25 ans, la Fondation a des partenariats avec les missions locales des régions.

Pour l’aspect alimentaire, elle a développé des partenariats avec la Banque Alimentaire notamment, permettant de couvrir 80% des besoins alimentaires.

Pour l’emploi, la Fondation dispose de son propre réseau d’entreprises (incluant AXA ou Randstad), qui mettent à disposition leurs salariés pour animer des ateliers de recherches d’emploi, d’entretiens fictifs.

 

Comment avez-vous réagi face à la crise sanitaire ?

Juste avant le confinement, nous avons mis en place une cellule de crise au niveau national, réunissant plus de 300 jeunes et travailleurs sociaux. Différentes actions ont été mises en place :

  • Le maintien du lien social : un bénévole était associé à plusieurs jeunes et devait appeler une fois par jour chaque jeune (entre deux minutes et deux heures selon le besoin de la personne). Le travail du bénévole consistait à tenter de repérer d’éventuelles fragilités chez le jeune (besoin de nourriture, besoin de voir des gens) et de le faire remonter au travailleur social.
  • La poursuite de l’aide alimentaire : des bénévoles ont  poursuivi la distribution alimentaire, en continuant à livrer la nourriture deux fois par semaine à des jeunes. Ces moments étaient particulièrement forts, permettant de maintenir le lien social, de favoriser les échanges. Le Refuge a également reçu des tickets de service de la part de la Fondation Abbé Pierre, pour la nourriture des jeunes en Ile-de-France
  • L’accès au numérique : grâce au soutien obtenu par la Fondation de France, le Refuge a pu équiper la totalité de ses bénéficiaires du Wifi et installer des box, permettant de faciliter la communication. Plus de 150 jeunes ont pu bénéficier de cette offre.

 

L’accompagnement et la prise en compte des besoins spécifiques sont des vecteurs d’intégration essentiels pour les bénéficiaires de la protection internationale LGBT.