En octobre 2020, la Diair s’est associée au Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR) et à l’Institut français des relations internationales (Ifri) pour mettre en œuvre l’Académie pour la participation des personnes réfugiées.

Ce sont six femmes et six hommes qui animent, avec leur vivacité d’esprit et leurs idées innovantes, la première promotion 2021 – 2022. Afin de mettre à l’honneur leurs parcours d’engagement, la Diair leur consacre une série de portraits.

 

Du haut de ses 29 ans, Boubacar pourrait en avoir 50 tant sa vie a été riche en expériences et en initiatives personnelles pour le bien commun.  C’est en 2014 qu’il arrive en France, pays des droits de l’homme, aux yeux de cet ancien étudiant guinéen en droit et relations internationales épris de liberté. Sans contact ni réseau, il se retrouve rapidement à dormir dans la rue à Paris : “Il faisait nuit et je n’avais pas où dormir. Ça m’a beaucoup perturbé.”

Demandeur d’asile bénévole

Il est hébergé au 115, y apprend qu’il peut déposer une demande d’asile, se rend à la plateforme de France terre d’asile dans le 18ème pour une domiciliation. L’hébergement en centre d’hébergement d’urgence est bienvenu, mais pas de tout repos: “Le matin, il fallait se lever à 6h, les gens partaient, je sais pas où, j’allais dans les parcs.” C’est alors qu’il découvre l’existence du Cèdre-Secours catholique. Il s’y rend, y boit un café. Il prend ses habitudes : lecture dans le jardin et repos. C’est alors qu’une bénévole du Secours catholique lui propose de rejoindre le groupe de bénévoles. Sa vie change subitement pour le meilleur :

Ça m’a permis d’occuper mes journées au lieu d’errer de parcs en parcs, de restos du cœur en restos du cœur. Au-delà de mes actions bénévoles, j’ai pu faire de nombreuses actions citoyennes, des sorties culturelles. J’ai trouvé un lieu exceptionnel où je pouvais m’occuper dans la journée et ça me faisait du bien. Peu importe l’occupation, tu sais que chaque matin, tu peux faire quelque chose de bien. Ça a changé mon quotidien.

Un parcours résidentiel long et plein d’obstacles

En parallèle, son parcours résidentiel se stabilise petit à petit : après plusieurs mois au 115, il bénéficie d’un hébergement d’un an au service intégré d’accueil et d’orientation (SIAO) avant d’intégrer un hébergement hôtelier dédié aux demandeurs d’asile puis un centre d’accueil pour demandeurs d’asile à Paris. Au Cada, Boubacar s’épanouit dans l’organisation d’activités pour égayer la vie des résidents : il crée une équipe de foot qui gagne le tournoi inter-Cadas, crée un jardin partagé, participe au Conseil de la vie sociale (CVS). Une fois reconnu réfugié, il quitte le Cada et fonde de nouveau une équipe de football, cette fois-ci au Cèdre-Secours catholique.

Dans son nouveau lieu d’hébergement, dédié aux personnes réfugiées, il est accompagné vers le logement, mais au prix de sacrifices dont souffre encore Boubacar. Il ne peut reprendre ses études car “il faut trouver un boulot pour trouver un logement”. Sa licence en droit et relations internationales n’est pas reconnue par le centre Enic-Naric, seul son bac l’est. Il repassera donc pour les études. En attendant, il est maintenant opérateur chez Zara et a la possibilité d’évoluer comme assistant manager.

La fraternité avant tout 

Mais, outre sa fierté d’être papa d’un bébé de 6 mois, c’est quand il parle de son engagement personnel qu’il a des étoiles dans les yeux. Il continue de coordonner l’équipe de foot du Cèdre, mais cet éternel entrepreneur pour le bien commun a également créé un café de rue pour les sans-abris, une équipe jeunes organisant randonnées, visites etc, et il met sur pied, pendant le 1er confinement, une maraude pour les personnes exilées sans abri du 19ème: “c’était encore plus important d’être là pour ces personnes, tout était fermé”.

C’est bien simple, partout où il passe, Boubacar monte un projet ! Le plaidoyer intéresse tout autant celui qui rêve d’être diplomate: il fait partie des équipes Young Caritas, organise l’université d’été du Secours catholique, s’est rendu au Mexique pour le Forum social mondial des migrations. Boubacar résume ainsi son engagement: “le côté social et associatif, c’est ma vie”. Se battre pour les autres semble être dans les gènes : son père était un homme politique et d’autres membres de sa famille sont également très impliqués.

Sans surprise, ses collègues du Cèdre-Secours catholique ont tout de suite pensé à lui quand ils ont entendu parler de l’Académie. Boubacar a postulé sans hésiter. L’entretien téléphonique a eu lieu le jour de la naissance de son fils, journée forte en émotions! Pour Boubacar, l’Académie est une bonne opportunité de faire du plaidoyer au nom des personnes réfugiées

“Pour moi, c’est une énorme chance. C’est donner la parole aux bonnes personnes parce que si on parle d’un sujet, il faut que la personne soit mise au centre. Pour moi, c’est permettre aux personnes concernées d’être là et d’intervenir en leur nom.”

Boubacar prend beaucoup de plaisir pendant les réunions, qu’il voit comme autant d’opportunités de rencontrer de nouvelles personnes, coconstruire des échanges et coanimer des débats. Son objectif, à terme, serait d’intégrer une instance étatique pour porter la parole des réfugiés et tenter de faire progresser la participation des personnes concernées au sein des politiques publiques.
Boubacar se sent véritablement intégré en France : marié à une Française et papa d’un petit bébé français, il est conscient que sa maîtrise du français a été d’une grande aide dans son processus d’intégration. Il a ainsi été témoin des nombreux obstacles rencontrés par des demandeurs d’asile non-francophones dans l’incapacité de faire état de leurs problèmes. Il a toutefois encore quelques rêves : avoir un emploi plus proche de sa fibre sociale et avoir le droit de vote comme tout citoyen français, ce qui implique qu’il soit naturalisé.

 

Son message aux personnes réfugiées?

“Ne restez surtout pas dans votre coin, fréquentez les associations parce que les liens se créent là-bas. Il ne faut pas désespérer malgré la situation. On sait d’où on vient et ce à quoi on a dû faire face, il faut essayer de se battre et continuer.”

Quant aux Français, il les encourage à accueillir les autres dans la bienveillance et la fraternité, et surtout de discuter et dialoguer. Il est certain que Boubacar continuera encore longtemps de jouer ce rôle de lien entre la société française et les personnes réfugiées. On l’en remercie.

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